La culture du chibouk dans l'Empire ottoman
La place de la longue pipe a tabac dans la societe ottomane : plus de deux siecles d'histoire culturelle, des annees d'interdiction au plaisir du cafe, en passant par les traditions d'hospitalite et la corporation des fabricants de chibouks.
Etiketler:
osmanlı, çubuk, tütün tarihi, kahvehane
Güncelleme Tarihi:
13 juillet 2026
La culture du chibouk dans l'Empire ottoman designe l'ensemble des traditions de consommation, d'hospitalite et de statut social qui se sont formees autour de la longue pipe a tabac dans la societe ottomane, du XVIIe siecle a la fin du XIXe. Le chibouk n'etait pas seulement un instrument pour fumer ; il etait une piece indispensable de la conversation au cafe et de la reception dans les demeures, et a la cour, un objet d'ostentation et de prestige. La forme de l'objet et ses composantes sont traitees dans l'article chibouk ; on aborde ici le visage social de cette culture du plaisir, qui occupe une place particuliere dans l'histoire mondiale de la pipe.
De l'interdiction au plaisir
Le tabac atteignit les terres ottomanes a la fin du XVIe siecle et au debut du XVIIe ; cette premiere rencontre et les annees de rude interdiction qui suivirent sont racontees dans l'article l'arrivee du tabac chez les Ottomans. Le fait que l'incendie d'Istanbul de 1633 ait ete impute au tabac entraina, sous le regne de Murad IV, des mesures allant jusqu'a la peine de mort ; l'interdiction ne fut cependant pas durable. Apres la mort du sultan en 1640, l'application se relacha ; en 1649, la fatwa de Baha'i Mehmed Efendi, nomme cheikh-ul-islam cette annee-la, declarant le tabac licite, mit fin de facto a l'interdiction, et la culture du tabac se repandit rapidement. A la fin du XVIIe siecle, six varietes de tabac differentes etaient cultivees sur les terres ottomanes ; ces feuilles constituent le fondement de la famille aujourd'hui appelee tabac d'Orient (Oriental).
Le rituel du plaisir du chibouk
Dans la litterature de l'epoque, le tabac est compte, avec le cafe, le vin et l'opium, parmi le « quatuor des plaisirs » ; le plaisir du chibouk est aussi surtout associe a la conversation de cafe. Le necessaire qui servait a ce plaisir se composait de trois pieces :
Le fourneau (lule) : le bol en argile rouge cuite ou brule le tabac.
Le chibouk : la longue tige, faite de bois comme le cerisier ou le jasmin.
L'embout (imame) : l'extremite portee a la bouche ; le plus prise etait en ambre blanc parfait.
Ce necessaire etait aussi un langage social : la longueur du chibouk refletait le rang de son proprietaire, un long chibouk etant considere comme le signe d'une haute fonction. Les chibouks de cour a embouts d'argent et motifs en relief conserves dans la collection du palais de Topkapi sont les exemples parvenus jusqu'a nous de cette ostentation. A partir du milieu du XVIIIe siecle, le tabac de narguile importe de Perse, appele « tombeki », fut considere comme de premier choix ; le narguile et le chibouk formaient ainsi deux branches d'une meme culture du plaisir, coexistant l'une a cote de l'autre.
Fabricants de chibouks et de fourneaux
La fabrication du chibouk etait un artisanat a part entiere. Les fabricants de chibouks se concentrerent, a partir de la seconde moitie du XVIIe siecle, particulierement autour de Galata et de Tophane, et fonderent leur propre corporation en 1723. La production de fourneaux se repartissait quant a elle en deux branches : le « travail de Tophane » produit pour la cour et l'elite, et les fourneaux simples de type populaire ; les ateliers, l'argile et les estampilles de cet artisanat sont traites en detail dans l'article fabrication de fourneaux de Tophane. Les estampilles apposees par les maitres sur leurs produits sont encore lisibles aujourd'hui dans des decouvertes archeologiques allant de Bursa jusqu'a la forteresse de Silifke, et montrent que cet artisanat etait signe et de marque.
Declin et heritage
A la fin du siecle, avec la diffusion de la cigarette, le plaisir du long chibouk declina rapidement ; les artisanats de fabrication de chibouks et de fourneaux s'eteignirent en grande partie au debut du XXe siecle. En revanche, les traces materielles de cette culture se sont averees durables : les fourneaux en terre cuite comptent aujourd'hui parmi les groupes de decouvertes les plus repandus de l'archeologie ottomane. Les rapports de fouilles et les collections des musees permettent encore aujourd'hui de suivre la trace de ce plaisir qui a accompagne plus de deux siecles la vie quotidienne de l'empire.
Künye
Coğrafya:
Osmanlı İmparatorluğu; merkez İstanbul (Galata-Tophane)
Statü Göstergesi:
Çubuk uzunluğu ve kehribar imame
Takımın Parçaları:
Lüle, çubuk, imame
Dönem:
17.–19. yüzyıl
Dönüm Noktası:
Tütün yasağının fetvayla kalkması (1649)
İlgili Maddeler
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Damga ve İşaretler
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Kaynaklar
Encyclopedie islamique TDV — article Tabac (Fehmi Yilmaz)
Erdinc Bakla — Tophane Luleciligi : Osmanli'nin Tasarimdaki Yaraticiligi ve Yasam Keyfi (2007)
Inanan & Sahin — Fourneaux ottomans de la fouille du parc archeologique de Tophane, Bursa, Revue des sciences sociales de l'universite d'Uludag
Revue Hoyuk — Fourneaux estampilles de la fouille de la forteresse de Silifke
PipoTR — La pipe et le tabac chez les Ottomans
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